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Mai 2020

Problèmes liés aux stocks hospitaliers de composants sanguins pendant la pandémie de COVID-19

Dre Allison Collins et Wendy Owens, Réseau régional ontarien de conservation du sang

Fort heureusement, la pandémie de COVID-19 n’a pas encore entraîné de pénurie de sang au Canada. Les services transfusionnels des hôpitaux sont cependant invités à adopter les meilleures pratiques transfusionnelles décrites de la Plan d’amélioration de la qualité des transfusions en Ontario  www.transfusionontario.org). Ce qui risque le plus de manquer, ce sont les plaquettes en raison de leur courte demi-vie; il faut donc vérifier tout particulièrement la pertinence des demandes de plaquettes. La Société canadienne du sang (SCS) a des méthodes de production des composants qui permettent de  faire soit du cryoprécipité, soit des plaquettes, mais elle ne peut pas produire les deux à partir d’un même don.  Même si la SCS continue à produire du cryoprécipité, elle devra peut-être réduire ou interrompre cette production pour accorder la priorité à la production de plaquettes. Le cryoprécipité et le concentré de fibrinogène (CF) peuvent tous deux servir au remplacement du fibrinogène chez les patients en hémorragie. Les hôpitaux qui n’ont pas encore rédigé de politique et de procédure de remplacement du cryoprécipité par du CF doivent maintenant le faire.   

La SCS a émis un avis de phase verte aux hôpitaux le 17 mars 2020. Cet avis vaut pour tous les composants et produits sanguins. À ce moment, bien des donneurs annulaient leur rendez-vous et de nombreuses cliniques mobiles avaient dû être annulées à cause des contraintes liées à la fermeture des milieux de travail et à la distanciation sociale; on s’inquiétait de plus en plus de la durée des provisions. Un vaste appel aux donneurs de sang a été lancé pour que les réserves puissent continuer à soutenir la demande; les donneurs ont répondu avec beaucoup de générosité. 

À la même période, les ministères de la Santé de la plupart des provinces ont annoncé une réduction des interventions chirurgicales non urgentes dans les hôpitaux afin de permettre aux établissements de se préparer à une hausse éventuelle des activités en raison de la COVID-19. Cette mesure a entraîné une baisse importante de la demande, surtout en globules rouges (25-30 %) et, à un degré moindre, en plaquettes. En conséquence de cette baisse soudaine de la demande, les hôpitaux se sont retrouvés avec un stock important de globules rouges en voie de péremption sur leurs tablettes. Les hôpitaux ont été invités à diminuer leur stock cible de globules rouges de 10-20 % en réaction à la baisse de la demande. 

Avoir trop de globules rouges en stock pendant un épisode comme la COVID-19 est sans doute mieux que de devoir gérer une pénurie, car cela permet de continuer de répondre aux besoins de patients qui doivent subir des interventions chirurgicales urgentes ou à ceux dont le traitement doit se poursuivre, malgré la place que prend la pandémie.   

Cette situation à laquelle nous sommes tous confrontés renforce l’importance de se préparer à réagir à des conditions incertaines mais dans lesquelles nous devons continuer à maintenir des réserves de sang pour répondre aux besoins des patients.  Au fur et à mesure de l’allégement des restrictions, quand les hôpitaux commenceront à augmenter de nouveau les procédures non urgentes, il faudra surveiller de près les stocks de sang  pour être en mesure de répondre à la hausse des demandes. Les laboratoires de médecine transfusionnelle devront remonter lentement les cibles de leurs réserves jusqu’à celles de leur  phase verte pour que la Société canadienne du sang puisse soutenir ce retour aux activités normales.  



Du plasma de convalescents comme traitement de la COVID-19

Dre Allison Collins et Wendy Owens, Réseau régional ontarien de conservation du sang

Le plasma de convalescents, c’est-à-dire de patients qui ont récupéré après avoir eu la COVID-19, est à l’étude comme traitement possible des patients en phase aigüe de la maladie. Même si le plasma de convalescents a servi au traitement d’autres maladies virales, notamment l’influenza et le SRAS, il y a peu de preuves de son efficacité et de son innocuité dans la COVID-19, en l’absence d’essais randomisés et contrôlés. Une vaste étude canadienne se prépare pour rassembler des preuves de son efficacité. L’étude CONCOR (Convalescent Plasma for COVID-19 Research) est un effort de collaboration entre dix équipes de chercheurs, plus de cinquante hôpitaux, la Société canadienne du sang et Héma-Québec.  

Le plasma sera recueilli par la Société canadienne du sang (SCS)  et Héma-Québec;  un registre en ligne de donneurs potentiels a été créé (https://blood.ca/fr/plasmadeconvalescents ).  Les donneurs doivent satisfaire à certains critères (avoir moins de 67 ans, avoir été atteint d’une infection à coronavirus confirmée en laboratoire, être totalement guéri et sans symptôme depuis au moins 28 jours et répondre aux autres critères d’admissibilité comme donneur de plasma.) Pour avoir plus d’information sur l’essai qui était en attente d’approbation par Santé Canada au moment de la rédaction de cet article, n’hésitez pas à suivre le lien ci-dessus. Le Comité consultatif national sur le sang et les produits sanguins (CCN) a aussi publié de l’information en anglais sur l’emploi de plasma de convalescents (https://www.nacblood.ca/COVID%20QA_NAC%20March%2031%202020_FINAL.pdf). 


Ontario Immunoglobulin Treatment Program

Dr. Juthaporn Cowan MD, PhD, FRCPC Associate Scientist, Ottawa Hospital Research Institute

Le programme ONIT est une récente initiative approuvée par le Ministère visant à améliorer les soins de santé dispensés aux patients présentant des immunodéficiences qui ont besoin d’un traitement de substitution par immunoglobuline (TSIG). Ce programme clinique est mis sur pied pour soutenir le TSIG par l’auto-administration d’immunoglobuline sous-cutanée (IgSC) à domicile. Même si le mandat du programme est de fournir un appui aux patients qui s’administrent de l’IgSC, nous voyons aussi des patients atteints d’immunodéficience primaire ou acquise qui ont besoin d’un TSIG sans égard à la voie d’administration. Ce soutien est dispensé dans des cliniques externes situées à l’hôpital par le personnel infirmier qui assure la coordination, l’enseignement et le suivi des patients. Sous supervision médicale, ces professionnels déterminent la dose, procèdent aux ajustements posologiques, constatent les résultats et optimisent le traitement. L’évaluation des traitements, et du programme, se fera grâce à un registre des cas établi avec le consentement des patients. Les principaux objectifs du programme sont de fournir un diagnostic et un traitement cohérents des immunodéficiences nécessitant un TSIG en vue d’optimiser les résultats médicaux, l’autonomie et la satisfaction des patients, ainsi que de diminuer l’utilisation du milieu hospitalier. Le programme accueille avec plaisir les demandes de consultation au sujet de patients atteints d’immunodéficience.

Le programme est présentement offert à trois endroits : L’Hôpital d’Ottawa, l’Hôpital St. Michael et le Centre des sciences de la santé de Hamilton. Nous espérons ouvrir d’autres centres en Ontario. Le programme a commencé en 2019. Nous voulons en mettre tous les éléments en œuvre dans les trois centres au deuxième trimestre de 2020. Restez à l’écoute!