avril 2020

La COVID et le Laboratoire de médecine transfusionnelle : cinq questions fréquentes

Authors: Christine Cserti-Gazdewich MD, FRCPC et Jacob Pendergrast BA, BSc (Med), MD University Health Network (UHN)

 

1. LE VIRUS PEUT-IL ÊTRE TRANSMIS PAR TRANSFUSION?
Comme pour le SRAS et les autres coronavirus, les risques de transmission transfusionnelle sont extrêmement faibles; selon les modèles, il est de 1 sur 14 millions[1]. (La charge virale et les voies d’inoculation sont avant tout respiratoires.) Les patients peuvent avoir l’assurance que les provisions de sang restent aussi sûres[2], et que les risques de transmission de la COVID par le sang sont infimes. Ce sont les modes de contagion naturelle (gouttelettes-visage) qui exigent le plus d’attention.

2. QUELLE EST LA PLUS GRANDE MENACE POUR LES RÉSERVES DE SANG?
Deux facteurs menacent davantage nos provisions de sang : le désir des donneurs de faire un don, et la disponibilité de ressources (humaines et matérielles) suffisantes dans la chaîne de production, d’approvisionnement et de logistique. Même si seulement 2 à 3 % des adultes font des dons en temps normal (alors que 40 à 60 % des adultes pourraient le faire)[3], il risque d’y en avoir moins à cause de facteurs liés à la COVID (et d’annulations supplémentaires motivées par la peur)[4]. Le taux de dons de ceux qui sont en assez bonne santé pour le faire doit nettement augmenter pour assurer le maintien de nos stocks. Veuillez transmettre le message de prendre rendez-vous pour faire un don en composant le 1-888-2-DONATE. (1-888-236-6283).

3. QUELS COMPOSANTS SONT LES PLUS MENACÉS?
En raison de leur durée de vie ou d’entreposage, ce sont les plaquettes qui sont les plus à risque et dans les plus brefs délais.

Plaquettes  jours 
Globules rouges  42 jours 
Plasma  an 

4. COMMENT SAURONS-NOUS QUE NOUS SOMMES EN DIFFICULTÉ?
La Banque de sang fera état des phases de pénurie[5] dans les bulletins destinés au personnel médical.

Ces phases sont les suivantes :

vert  Maintien des réserves par gestion interne de la pénurie ou des événements perturbateurs  
jaune  15-30des réserves 
rouge  <15des réserves 

 

5. QUE POUVONS-NOUS FAIRE POUR PRÉSERVER NOS STOCKS?
Les limites prévisibles ou actuelles de nos réserves exigent une gestion serrée du sang destiné aux patients6.Voici certaines des mesures à prendre:

  • Éviter d’avoir besoin de sang : investiguer et traiter les causes d’anomalies hématologiques
    • Nombre excessif d’épreuves (volume de phlébotomies)
    • Correction des carences en fer ou en vitamine B12
    • Agents stimulant l’érythropoïèse
    • Arrêt des médicaments inhibant la fonction plaquettaire ou le nombre de plaquettes
    • Arrêt ou réduction des agents qui nuisent à la coagulation
    • Acide tranexamique en prévention des saignements des muqueuses
    • Délai des traitements myélosuppresseurs (dans la mesure du possible)
    • Report des interventions non urgentes qui comportent des risques de saignement
    • Correction anatomique des pathologies hémorragiques par les moyens les moins invasifs
  • Prescrire une unité seulement de globules rouges chez les patients stables et non hémorragiques à partir d’un Hb < 70 g/L
  • Plaquettes: aucune transfusion prophylactique en cas de thrombopénie si la numération est supérieure à 10, à moins d’hémorragie
  • Coagulation : La correction d’un RIN légèrement élevé (<1,8) n’est pas indiquée avant la plupart des interventions; le patient qui ne saigne pas et qui est atteint de cirrhose ou de maladie hépatique terminale a rarement besoin de plasma (y compris avant une intervention)

Références:

  1. Webinar: Update on the COVID-19 Coronavirus Outbreak: Blood Collection and Safety Implications. ISBT Education. Michael Busch, Louis M Katz & Hua Shan. https://education.isbtweb.org/isbt/#!*menu=6*browseby=8*sortby=2*media=5*ce_id=1701
  2. For Patient: Canadian Blood Services, “Why you won’t get COVID-19 from a blood transfusion.” https://blood.ca/en/research/our-research-stories/research-education-discovery/why-you-wont-get-COVID-19-from-blood
  3. To et al. The United States’ potential blood donor pool: updating the prevalence of donor-exclusion factors on the pool of potential donors. Transfusion 2020; 60; 206–215.
  4. “Coronavirus causes ‘worrying’ drop in donors for Canadian Blood Services.” https://www.toronto.com/news-story/9907514-coronavirus-causes-worrying-drop-in-donors-for-canadian-blood-services/
  5. University Health Network Policy & Procedure Manual (Clinical): Management of Blood Product Shortages, 3.130.006. http://documents.uhn.ca/sites/uhn/Policies/Clinical/Blood_Transfusion/3.130.006.pdf
  6. ChoosingWisely (Canada-Transfusion Medicine). https://choosingwiselycanada.org/transfusion-medicine/

 

La société canadienne du sang continue de rappeler l’importance des dons durant la pandémie de la COVID-19

Alors que l’Ontario et le reste du Canada combattent la COVID-19, il est essentiel de maintenir l’approvisionnement de sang et des produits du sang. Les patients souffrant du cancer et de maladies du sang, ne peuvent pas cesser leur traitement et ont besoin de produits du sang pour vivre en santé. Ces gens sont parmi les plus vulnérables, et leurs besoins continuent.

La Société Canadienne du Sang s’engage à répondre à chaque besoin et pour se faire, nous avons besoin de votre support. Si vous êtes en santé et éligible, s’il vous plait, donnez du sang, du plasma et des plaquettes, dans les semaines qui suivent. Si vous n’êtes pas en mesure de donner, vous pouvez quand même faire partie de la chaine de vie du Canada, en encourageant d’autres personnes à faire un don.

Il y a plusieurs façons de venir en aide. RRoCS comprend l’importance du sang et des produits du sang et vous avez l’opportunité d’assurer que lorsqu’un patient requiert du sang, il sera disponible. Merci de faire partie de la chaine de vie du Canada.

 

Conserver les provisions de globules rouges de groupe O Rh négatif : quel est l’âge maximal des femmes ontariennes en âge d’avoir des enfants? Mise jour du RRoCS

Author: Allison Collins MD FRDPC, ORBCoN

L’offre de globules rouges de groupe O Rh négatif ne suffit jamais à la demande. Même si de 6 à 7 % de la population canadienne est de groupe sanguin O négatif, un nombre nettement supérieur de donneurs à la Société canadienne du sang (SCS) sont de ce groupe en raison des efforts déployés par la SCS pour recruter ces donneurs et maintenir leur engagement. Les hôpitaux exigent cependant que 11,5 % de leurs réserves de globules rouges soient du groupe O négatif (Dr K. Webert, Rapport en bref de la SCS sur le sang, juin 2018, www.blood.ca ). Cette exigence pèse lourdement sur le stock limité de sang O négatif au Canada.

Les patients qui ont besoin d’une transfusion avant que leur groupe sanguin et leur facteur Rh(D) soient connus doivent obligatoirement recevoir des globules rouges de groupe O. À cause de la forte immunogénicité de l’antigène Rh(D) et du risque éventuel de maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né, les enfants de sexe féminin et les femmes « en âge d’avoir des enfants » devraient recevoir du sang de groupe O négatif lorsqu’une transfusion urgente est nécessaire. Si l’on se fie aux listes de médecine transfusionnelle de Choisir avec soin® , aux campagnes de Choisir avec soin Canada (www.choosingwisely.org et https://choisiravecsoin.org/ ) et aux recommandations du Comité consultatif national sur le sang et les produits sanguins (https://www.nacblood.ca/index.html , il faut réserver les globules rouges du groupe O négatif aux patients dont c’est le groupe sanguin et aux femmes en âge d’avoir des enfants dont le groupe sanguin n’est pas connu et qui ont besoin d’une transfusion urgente de globules rouges.

L’âge maximal utilisé pour définir si une femme est en âge d’avoir des enfants varie entre les hôpitaux de l’Ontario. L’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) publie sur son site Web des données au sujet de l’âge des mères qui résident au Canada, mais place dans le même groupe toutes les femmes âgées de 40 ans ou plus (https://www.cihi.ca/fr). Le RRoCS a demandé à l’ICIS de ventiler les données portant sur les femmes ontariennes de 40 ans ou plus et de fournir les données pertinentes pour chaque Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) de la province. Les données des exercices financiers de 2013-2014 à 2018-2019 démontrent que 99,8 % des femmes ontariennes ont leurs enfants à l’âge de 44 ans au plus tard. Le tableau illustre les données par RLISS; ces données n’ont pas changé depuis le dernier rapport. Il s’agit de données colligées par le RRoCS depuis 2007, et rien n’indique la présence d’une forte tendance à la hausse quant à l’âge des mères.

Âge maternel limite nécessaire pour inclure 99,5 % des naissances en Ontario
entre 2013-2014 et 2018-2019

RLISS  Âge maternel limite (99,5des naissances)  RLISS  Âge maternel limite (99,5des naissances) 
Érié StClair  43  Centre  44 
Sud-Ouest  42  Centre-Est  43 
Waterloo Wellington  43  Sud-Est  42 
Hamilton Niagara Haldimand Brant  43  Champlain  44 
Centre Ouest  43  Simcoe Nord Muskoka  43 
Mississauga Halton  44  Nord-Est  42 
Centre Toronto   45  Nord-Ouest  42 

Si votre établissement a adopté un âge maternel supérieur à 45 ans pour déterminer le potentiel d’avoir des enfants chez les mères, nous vous invitons à consulter les données spécifiques à votre établissement pour voir si la limite de votre hôpital diverge sensiblement de celle de votre RLISS. Si c’est le cas, vous pourriez trouver pertinent de revoir votre politique relative à l’administration de globules rouges de groupe O négatif.

Il faut réserver les globules rouges de groupe O négatif aux patients qui en ont réellement besoin. Le rapport détaillé, incluant les données sur les tendances et une présentation Powerpoint se trouvent en anglais sur le site Web du RRoCS à www.transfusionontario.org sous l’onglet « Utilisation du sang ».