octobre 2019

Principaux résultats de l’audit du RRoCS sur l’utilisation des plaquettes

Auteure : Troy Thompson, TML, B. Sc. (Santé), gestionnaire régional, RRoCS

Les transfusions de plaquettes servent à traiter ou à prévenir les hémorragies chez les patients dont la numération plaquettaire est trop basse ou dont les plaquettes sont dysfonctionnelles, que ce soit à cause d’une maladie ou d’un traitement, notamment chimiothérapie, transfusion massive ou administration d’inhibiteurs plaquettaires.

De nombreux audits portant sur la transfusion de plaquettes dans le monde entier ont fait état de taux très variables d’utilisation inappropriée de plaquettes et de taux de non-conformité souvent estimés à plus de 30 %.

 

Un audit sur l’utilisation des plaquettes a été mené en Ontario ; 69 hôpitaux y ont volontairement participé, et 57 d’entre eux (41 hôpitaux communautaires et 16 hôpitaux universitaires) ont déclaré des ordonnances de plaquettes faites pendant la période de l’audit, soit du 9 janvier au 7 avril 2017.

 

La collecte des données s’est faite au moyen d’un outil d’audit en ligne qui permettait de connaître : le nom de l’hôpital, l’unité de soins où le patient était traité, la date de la transfusion, l’âge et le sexe du patient, le nombre d’unités de plaquettes demandées et transfusées, la spécialité du médecin prescripteur, l’indication de la transfusion, l’administration de traitements antiplaquettaires, l’intensité du saignement [« mineur » (stade 1 et 2 de l’OMS) ou « majeur » (stade 3 et 4 de l’OMS)] et les numérations plaquettaires avant et après la transfusion. Les données sur les patients « adultes » (plus de 18 ans) et sur les patients « pédiatriques » (18 ans ou moins) ont été analysées séparément.

 

L’audit cherchait à évaluer divers aspects de l’état actuel de la pratique transfusionnelle liée aux plaquettes en Ontario :

  • Déterminer la proportion de transfusions de plaquettes jugées inappropriées par rapport à des critères définis et validés ;
  • Cerner les facteurs liés au patient et au soignant qui ont été associés à la transfusion inappropriée de plaquettes
  • Fournir des conseils sur les moyens à mettre en œuvre pour améliorer la pratique clinique en ce qui a trait à la transfusion de plaquettes

 

Dans le cadre de cet audit, les critères utilisés ont été tirés des récentes recommandations publiées par l’AABB (Kaufman et al., 2015a) et des International Collaboration for Transfusion Medicine Guidelines (Nahirniak et al., 2015) ; ils ont été validés lors d’un essai pilote préliminaire (Etchells et al. 2018).

 

Faits saillants

 

  • Parmi les 1903 transfusions de plaquettes demandées et vérifiées, 834 (43,8 %) ne satisfaisaient pas aux critères et ont été qualifiées d’« inappropriées ».
  • Parmi les 1693 transfusions prescrites à des patients « adultes », 701 (41,4 %) ont été qualifiées d’« inappropriées » (266 [40,3 %] sur 660 dans des centres universitaires et 435 [42,1 %] sur 1033 dans des hôpitaux communautaires).
  • Parmi les 210 transfusions prescrites à des patients « pédiatriques », 133 (63,3 %) ont été qualifiées d’« inappropriées » (119 sur 181 [65,7 %] dans des centres universitaires et 14 sur 29 [48,3 %] dans des hôpitaux communautaires).
  • Chez les patients adultes, le nombre le plus élevé d’ordonnances de plaquettes et le taux le plus bas d’ordonnances inappropriées, à 24,1 %, étaient pour des patients en oncologie. Les taux les plus élevés d’ordonnances de plaquettes inappropriées étaient pour des patients dans des unités de soins aigus – soins intensifs, urgences, bloc opératoire et soins de courte durée.
  • 60 % des ordonnances de transfusion de plaquettes étaient en prophylaxie pour des patients qui ne saignaient pas ; 40 % étaient pour la prise en charge d’une hémorragie ou en prévision d’une intervention chirurgicale ou d’une autre procédure invasive.
  • Chez les patients pédiatriques, le nombre le plus élevé d’ordonnances de plaquettes était pour des patients en hématologie ou oncologie, mais les taux de demandes inappropriées de transfusion de plaquettes atteignaient 56 à 71 %, sans égard au département déterminé (au minimum ≥10 demandes de plaquettes).
  • 31 des 57 (54 %) hôpitaux participants ont déclaré qu’il existait dans leur établissement des lignes directrices sur la transfusion de plaquettes.
  • La présence de lignes directrices dans un établissement n’a pas semblé améliorer de beaucoup la pertinence des transfusions de plaquettes ; toutefois, le recours à des demandes préimprimées et au dépistage prospectif des demandes ont fait baisser les taux de demandes « inappropriées » de transfusions de plaquettes.

 

Les transfusions de plaquettes inappropriées représentaient 44 % du nombre total des demandes de plaquettes vérifiées. C’est un résultat qui ressemble à ceux d’audits semblables menés à travers le monde. Diverses stratégies devraient être mises en place pour améliorer l’utilisation des plaquettes, y compris des mécanismes visant à saisir les motifs de non-conformité et les « spécialités » qui ont un taux supérieur de transfusions inappropriées de plaquettes. Une fois ces données obtenues, il serait possible de produire du matériel de formation visant à améliorer la pertinence des transfusions de plaquettes. En outre, d’autres activités d’amélioration des pratiques fondées sur des données probantes, notamment l’emploi d’ensemble de demandes d’ordonnances préimprimées et la mise en œuvre d’une procédure de dépistage prospectif efficace exécuté par les technologistes de laboratoire avec un appui suffisant de la direction médicale, semblent des stratégies prometteuses si l’on veut diminuer le nombre de transfusions inappropriées.

 

Malgré les progrès réalisés pour améliorer la sécurité intrinsèque du sang et des produits sanguins, leur transfusion continue de présenter des risques. Les réactions indésirables, notamment l’allo-immunisation, les réactions fébriles et allergiques, la surcharge liquidienne associée aux transfusions (TACO) et le syndrome de détresse respiratoire aigüe post-transfusionnel (TRALI), demeurent des dénouements importants, souvent graves. La prévention et la baisse de ces types de réactions indésirables commencent par la détermination des situations dans lesquelles une transfusion devrait être prescrite conformément aux lignes directrices transfusionnelles fondées sur des données probantes. Il ne faut pas oublier non plus les coûts élevés associés aux transfusions (estimés à environ 60 millions de dollars par année en Ontario, juste pour les plaquettes) et le fait que les stocks ne sont pas illimités. Une baisse des transfusions inappropriées aidera non seulement à prévenir les réactions indésirables, mais assurera aussi la présence de stocks de sang et de produits sanguins à la disposition des patients qui en ont vraiment besoin et l’affectation judicieuse des sommes attribuées à ces interventions.

 

Des renseignements complémentaires au sujet de l’audit provincial sur l’utilisation des plaquettes seront bientôt publiés sur le site transfusionontario.org.

 

  1. Etchells M, Spradbrow J, Cohen R et al. Audit of appropriate use of platelet transfusions: Validation of adjudication criteria. Vox Sang 2018; 113:  40-50.
  2. Kaufman RM, Djulbegovic B, Gernsheimer T et al. Platelet transfusion: a clinical practice guideline from the  AABB. Ann Intern Med 2015a; 162: 205-213.
  3. Nahirniak S, Slichter SJ, Tanael S et al. Guidance on platelet transfusion for patients with hypoproliferative thrombocytopenia. Transfus Med Rev 2015; 29: 3-13.

 



Rapport : Vidéoconférence annuelle de 2019 sur les plaquettes et l’importance de s’informer à leur sujet (Platelets — The Sticky Truth and why it matters to you!)

Auteure : Tracy Cameron, Coordonnatrice régionale de projet, RRoCS

 

Le 10 avril dernier, le RRoCS et la SCS ont organisé une autre activité de formation sensationnelle pour les technologistes de laboratoire médical, le personnel infirmier et médical et d’autres professionnels de la santé intéressés. La vidéoconférence de cette année sur le thème des plaquettes a été très populaire, réunissant 1006 participants de plus de 100 établissements de l’Ontario et de 5 autres provinces.

 

Le symposium a été offert par vidéoconférence et par émission Web. La plupart ont assisté à la présentation par vidéoconférence, et 40 % ont suivi l’émission Web. Il y avait aussi 28 personnes présentes à l’établissement hôte, le Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay.

 

Ce symposium éducatif est principalement conçu pour les petits hôpitaux et les établissements communautaires qui ont moins souvent la chance d’assister à des événements de formation que le personnel des plus grands hôpitaux universitaires. Il vise avant tout à transmettre de l’information actualisée sur divers sujets que les médecins communautaires, le personnel infirmier et le personnel de laboratoire n’abordent pas régulièrement.

 

99 % des participants ont indiqué qu’à leur avis, les objectifs globaux du symposium et les objectifs de chaque présentation avaient été atteints et qu’ils étaient satisfaits de l’activité dans son ensemble. Toutes les présentations ont obtenu une évaluation favorable.

 

L’émission Web enregistrée est accessible par le Centre d’émissions archivées du RRoCS. Les présentations PowerPoint (en anglais) se trouvent aussi sur le site Web du RRoCS; on peut aussi y accéder en cliquant sur chacune des présentations ci-dessous.

Tous les participants étaient admissibles à un concours pour souligner leur présence au symposium. Le tirage a eu lieu le 13 juin, une fois tous les registres de présence reçus. Nous voulons féliciter les gagnantes :

 

La planification de la vidéoconférence de 2020 commencera en septembre. Nous vous ferons parvenir la date à noter à votre agenda pour que vous puissiez réserver les salles de vidéoconférence. Nous invitons à y assister ceux et celles qui participent aux soins de patients qui pourraient avoir besoin d’une transfusion.

 

L’équipe organisatrice du symposium vous remercie encore de votre présence cette année et de votre contribution à sa réussite. Nous avons déjà hâte de préparer pour vous l’événement de l’an prochain.

 

Si vous avez assisté au symposium de cette année et que vous n’avez pas reçu votre certificat de présence, ou si votre établissement envisage d’accueillir cette activité annuelle, n’hésitez pas à communiquer avec nous à info@transfusionontario.org.