novembre 2018

Simulation de pénurie de sang dans les hôpitaux ontariens – Faits saillants de l’exercice 2018
Dans quelle mesure sommes-nous prêts?

Par Wendy Owens, ART, B Comm, gestionnaire de projet, et Allison Collins, MD, FRCPC, coordonnatrice de projets cliniques du Réseau régional ontarien de coordination du sang (RRoCS), vice-présidente et présidente du Groupe de travail ontarien sur la planification des mesures d’urgence

 

Le 16 mai 2018, vers 9 heures, HE, les hôpitaux ontariens ont reçu de la SCS une télécopie les avisant qu’une simulation de pénurie de sang était en cours. Selon la mise en scène, la contamination d’un lot de solution SAGM (saline-adénine-glucose-mannitol) ajoutée aux culots globulaires avait entraîné une pénurie de sang de phase rouge dans toute la province. Comme le problème était lié à la solution ajoutée, la pénurie n’affectait que les culots globulaires.

 

Trois centres de la SCS étaient touchés (Ottawa, Brampton et Winnipeg), de même que 157 hôpitaux de l’Ontario. La SCS a organisé trois téléconférences (une à chacun des centres) pour fournir une mise à jour aux hôpitaux participants et discuter de l’évolution de l’exercice. Pendant ces appels, on a constaté que certains hôpitaux avaient reçu l’avis initial nettement plus tard que d’autres. Des délais d’une heure ou plus ont été signalés dans certaines régions.

 

La simulation s’est poursuivie toute la journée et le lendemain. La SCS a envoyé un avis de phase de retour à la normale vers 14 h 30, le 17 mai à partir des centres d’Ottawa et de Brampton, mais malheureusement, le centre de Winnipeg n’en a pas émis. En conséquence, douze (12) établissements du nord-ouest de la province n’ont pas été avertis de la fin de la simulation avant le lendemain, quand le RRoCS a publié le sondage de suivi à l’exercice.

 

Au cours de cet exercice, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée a fait l’essai d’un outil de communication provinciale relativement nouveau. Cet Outil de communication pour la gestion des urgences (OCGU) peut servir au partage rapide d’information en situation urgente entre de nombreux établissements. Il a l’avantage de ne pas dépendre d’adresses courriel de particuliers pour transmettre l’information, puisqu’il fait appel à un « tableau de bord ». Tant qu’une personne est connectée au système et exerce une surveillance, elle reçoit les avis de chargement et d’alerte. Le principal inconvénient de ce système est le fait que si un hôpital n’a affecté personne à la surveillance du tableau de bord, les avis d’alerte ne sont pas reçus. Dans le sondage de suivi, nous avons demandé aux hôpitaux s’ils connaissaient l’existence de l’OCGU; 87 % d’entre eux ont répondu qu’ils en connaissaient maintenant l’existence.

 

Cent-trente-neuf (139) hôpitaux ont déclaré avoir participé à cette simulation provinciale de pénurie de sang, ce qui représente 89 % des établissements dotés de services de médecine transfusionnelle dans la province. Dans l’ensemble, 93,5 % des hôpitaux participants ont répondu qu’ils avaient un plan interne de gestion des pénuries de sang et 78 % l’avaient mis à jour pour l’harmoniser à la dernière version du Plan ontarien d’urgence pour la gestion du sang (version 3) publiée en février 2017.

 

Dans le cadre de cette simulation, nous avons demandé aux hôpitaux de procéder à une catégorisation de leurs demandes de globules rouges pendant toute la durée de l’exercice. Environ la moitié des hôpitaux l’ont fait et ont signalé que la transfusion de 931 unités de sang au total aurait été reportée pendant cette période. En estimant le nombre d’unités (en moyenne) qui auraient été transfusées en Ontario pendant cette période de 30 heures, nous constatons qu’environ 75 % des unités totales transfusées auraient été reportées si la pénurie de phase rouge avait été réelle.

 

Même si seulement la moitié des hôpitaux ont déclaré leurs décisions de reporter certaines transfusions, cela représente tout de même une importante baisse de la demande qui aurait pu être atteinte si nous devions faire face à une pénurie grave de globules rouges. Un participant a commenté qu’à la suite de la catégorisation liée à cette simulation de catégorisation, il procéderait dorénavant à une évaluation des transfusions régulières de sang pour déterminer s’il était possible d’en diminuer le nombre dans son établissement.

 

Fait encourageant, un plus grand nombre d’hôpitaux collaborent à l’échelle régionale pour regrouper efficacement le stock de certains établissements (voir l’exemple décrit dans l’article précédent). Cette pratique faciliterait la gestion de ressources limitées pour assurer des soins équitables aux patients d’une région en situation de pénurie de sang.

 

Tableau 1 – Progrès réalisés depuis notre dernière simulation de pénurie de sang

Détails 2014* (n=110) 2018 (n=139)
Hôpitaux dotés d’un Plan hospitalier d’urgence de gestion du sang 92% 94%
Hôpitaux ayant affecté des personnes à la catégorisation des demandes de sang 89% 87%
Hôpitaux ayant un plan de redistribution en cas de pénurie de sang 58% 79%
Participants ayant signalé qu’ils document les décisions relatives au report des demandes de sang ou des interventions chirurgicales 63% 85%
Participants ayant signalé que leur personnel avait reçu de la formation sur leur plan d’urgence 57% 82%
Participants ayant signalé qu’ils allaient faire un suivi à la simulation 80% 83%

*Nota : L’exercice 2014 simulait une pénurie de plaquettes, de sorte que moins d’hôpitaux y ont participé

 

La principale leçon tirée de cette simulation a été qu’il restait encore du travail à faire pour améliorer les communications : des écueils ont été signalés à tous les niveaux, de la procédure d’avis de la SCS jusqu’aux avis internes dans les hôpitaux et aux méthodes utilisées par le MSSLD pour transmettre des mises à jour et conseils pendant une pénurie.

 

À la suite de cet exercice, la SCS a commencé à chercher des solutions automatisées pour réagir aux problèmes entourant la démarche d’avis par télécopieur; quant au MSSDL, il se penchera sur les moyens de communiquer aux hôpitaux les recommandations et conseils du Comité ontarien d’urgence pour la gestion du sang pendant une pénurie.

 

Dans l’ensemble, la participation à cet exercice a été extrêmement positive et tout se passe très bien en Ontario. Nous pouvons tirer une grande fierté des progrès que nous avons accomplis depuis dix ans et de tout le travail qui a été fait pour nous préparer à une éventuelle pénurie de sang grave.

 

Au nom du Groupe de travail ontarien sur la planification des mesures d’urgence, nous remercions bien sincèrement toutes les personnes qui ont travaillé à la planification de cette simulation et qui ont pris le temps d’y participer. Ensemble, nous pourrons continuer à améliorer le niveau de préparation en Ontario!

 

Simulation de pénurie sanguine –L’experience de l’alreo

Par Hakan Buyukdere, MD, FRCPC, Alan Tinmouth, MD, FRCPC, Antonio Giulivi, MD, FRCPC
Hématopathologie / Hématologie clinique, L’Hôpital d’Ottawa

 

Les 16 et 17 mai 2018, tous les hôpitaux ontariens, dont 19 établissements de soins actifs faisant partie de l’Association des laboratoires régionaux de l’Est de l’Ontario (ALREO), ont participé à une simulation provinciale de pénurie de sang. Cette activité était dirigée à la fois par le Réseau régional ontarien de conservation du sang (RRoCS) et par la Société canadienne du sang. Tous les services de médecine transfusionnelle des hôpitaux participants ont été avertis par la SCS d’une pénurie de culots globulaires de tous les groupes sanguins, entraînant une pénurie de phase rouge. Même s’il ne s’agissait pas du principal moyen de communication, l’Outil de communication pour la gestion des urgences (OCGU) mis sur pied par la province a aussi été utilisé pour informer chaque hôpital de la pénurie simulée.

 

Se conformant au Plan d’urgence pour la gestion du sang de la province, tous les établissements de l’ALREO ont alors mis en œuvre leurs protocoles locaux en situation de pénurie de sang et ont commencé à ajuster la gestion de leurs stocks de culots globulaires selon les plans hospitaliers et provinciaux de gestion du sang en situation d’urgence. Les établissements dotés d’un comité hospitalier d’urgence de gestion du sang (CHUGS) ont averti les membres de ce comité et leur ont demandé de rester disponibles en cas de réunion d’urgence, de simulation de catégorisation des demandes de transfusion de globules rouges et d’évaluation des annulations éventuelles d’interventions chirurgicales, conformément à leur plan interne. Dans les hôpitaux qui n’avaient pas de CHUGS, c’est le comité de médecine transfusionnelle local qui a été avisé à des fins semblables. Localement, le chef des services de médecine transfusionnelle ou le président du comité de médecine transfusionnelle a travaillé en collaboration avec le gestionnaire ou superviseur du laboratoire de médecine transfusionnelle pour simuler la catégorisation des demandes de transfusions de globules rouges et l’évaluation des interventions chirurgicales non urgentes afin de déterminer les interventions qui seraient annulées s’il s’agissait d’une réelle pénurie. Tous les services transfusionnels des établissements de l’ALREO ont choisi de revoir les demandes de transfusion et les listes chirurgicales en temps réel plutôt que de faire une revue rétrospective. Les décisions relatives à l’émission des culots globulaires et à l’annulation des interventions chirurgicales ont été documentées, puis envoyées à la présidence du comité régional de médecine transfusionnelle au campus General de L’Hôpital d’Ottawa, à l’exception de celles prises au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO). Le rapport régional et le rapport du CHEO ont ensuite été acheminés indépendamment au RRoCS.

 

Selon les résultats déclarés dans les rapports des services de médecine transfusionnelle des membres de l’ALREO, 272 unités de globules rouges ont été demandées au total pendant la simulation de pénurie. De ces demandes, 72 étaient liées à des interventions chirurgicales et 200 provenaient d’unités de soins ou de cliniques externes. Des 87 unités demandées par des cliniques externes, 70 auraient été reportées en situation réelle de pénurie. Des 113 unités de globules rouges demandées pour des unités de soins, 66 auraient été reportées.

 

Des 72 demandes de transfusions de sang liées à des interventions chirurgicales, 33 unités auraient été annulées; 21 de ces interventions étaient orthopédiques, 8 étaient abdominales, 2 étaient vasculaires et 2 étaient des procédures abdominales.

Le premier jour de la simulation, la SCS a organisé une téléconférence au cours de laquelle chaque établissement a pu exprimer ses préoccupations et faire des commentaires.

 

Des leçons portant sur divers aspects ont été tirées de cet exercice :

 

1- L’importance d’avoir un comité de médecine transfusionnelle et/ou un Comité hospitalier d’urgence de gestion du sang (CHUGS) dans chaque hôpital et d’attribuer des rôles et des responsabilités précises à chaque membre de ces comités. Cet aspect doit être régulièrement actualisé.

 

2- L’efficacité des moyens de communication entre la SCS et les hôpitaux de la région et aussi entre l’OCGU et les établissements locaux. Quelques sites ont signalé avoir reçu l’avis de la SCS un peu plus tard que les autres. Nous avons aussi fait l’essai des communications entre nos sites à l’échelle régionale.

 

3- Les avantages du soutien continu tiré des lignes directrices et les trousses d’outils fournies à l’échelle provinciale et nationale.

 

4- La valeur stratégique de l’évaluation faite avant ou pendant la chirurgie des besoins transfusionnels par l’équipe chirurgicale en analysant les derniers taux d’hémoglobine, la technique chirurgicale proposée et l’ampleur de l’intervention, les comorbidités sous-jacentes et tout antécédent transfusionnel du patient.

 

5- La prise de décision sur le transfert de patients d’établissements en région à des hôpitaux plus importants et centralisés. Après concertation, nous avons tous convenu que les transferts de patients pendant une pénurie réelle de sang devraient se fonder sur l’état de santé général du patient plutôt que sur ses besoins transfusionnels. Les médecins qui transfèrent un patient et ceux qui le reçoivent doivent communiquer clairement les besoins transfusionnels du patient.

 

Tous les établissements de l’ALREO ont fait état de dénouements très positifs; les hôpitaux membres ont exprimé leur gratitude pour cette collaboration régionale. Chaque membre de l’ALREO a rempli et retourné le sondage du RRoCS.

 

Nous aimerions remercier tous les hôpitaux participants de leur dévouement constant et de la qualité exceptionnelle de leur collaboration.