mai 2019

Gestion du stock de plaquettes : Une initiative d’amélioration de la qualité visant à réduire la péremption

Auteurs : Jeff Kinney, ART, Dr Ziad Solh, MD, London Health Sciences Centre

La durée de vie des produits à base de plaquettes complique la gestion des stocks pour les fournisseurs de sang et les hôpitaux; il leur est difficile d’éviter le gaspillage et la péremption des produits. Le London Health Sciences Centre (LHSC) est un grand hôpital de soins tertiaires de London (Ontario, Canada) qui comprend deux établissements, soit un hôpital universitaire (415 lits) et l’Hôpital Victoria (565 lits). Depuis trois ans, le nombre moyen de transfusions annuelles dans les deux établissements se situe à environ 22 000 unités de globules rouges et 4 000 unités de plaquettes. Avant que la Société canadienne du sang (SCS) ne regroupe ses services à Brampton en 2012, elle avait un centre de distribution juste à côté de l’Hôpital Victoria, ce qui assurait un accès rapide à bon nombre des composants sanguins du fournisseur. Aujourd’hui, plus de 170 km séparent le centre de distribution de la SCS et les hôpitaux de London, ce qui pose de nouveaux défis de gestion des stocks. Au moment du regroupement des centres de la SCS, l’hôpital et le fournisseur avaient travaillé ensemble pour assurer la disponibilité des produits sanguins et réduire au minimum les frais de transport d’urgence. Ces objectifs ont parfois entraîné un taux de péremption des plaquettes inacceptable qui pouvait atteindre 30 %; on a donc établi un nouvel objectif de péremption inférieur à 15 %.

 

La détermination des causes de péremption des plaquettes a permis de mettre en place des mesures susceptibles d’améliorer la situation. Les causes liées à l’hôpital étaient les suivantes : stocks préexistants fixés à des valeurs élevées, manque de respect des niveaux de stock de la part des technologues, péremption des plaquettes qui survenait plus souvent un jour de la semaine en particulier et redistribution de produits incohérente entre les établissements. Des mesures ont été mises en place : 1) respect de la politique interne de redistribution des plaquettes à l’Hôpital Victoria plus achalandé, lorsque les plaquettes de l’hôpital universitaire arrivent à 24 heures de leur date de péremption, 2) suivi des demandes quotidiennes de plaquettes pour s’assurer qu’il n’y a pas de commande permanente fixe du lundi au vendredi, mais plutôt une demande variable en fonction des données de péremption antérieures pour chaque jour de la semaine, et 3) réévaluation du rapport entre les plaquettes irradiées et les plaquettes non irradiées en stock.

 

Après la mise en œuvre de ces mesures, le pourcentage d’unités périmées a chuté à moins de 10 % pour les deux établissements combinés et s’est maintenu sous ce niveau pendant plusieurs mois. En août 2017, la SCS a déterminé pour ses plaquettes une période de stockage de 7 jours, ce qui a permis de réduire le taux de péremption à moins de 5 %. Les stratégies hospitalières de gestion des stocks, y compris la redistribution des produits et les modifications à nos habitudes de commande, ont eu des répercussions importantes et permis une baisse du gaspillage de plaquettes dans notre grand centre qui s’est ajouté à la prolongation de leur durée de vie. Depuis plus de 2 ans, le LHSC arrive à maintenir un taux de péremption des plaquettes bien inférieur au taux visé et va continuer à surveiller son rendement pour assurer le maintien de ce résultat.

 

 

Projet pilote de tri des ordonnances d’immunoglobuline (PPTOI) en Ontario

Auteurs : Denise Evanovitch, ART, Wendy Owens, ART, Laurie McLeod, MLT, RRoCS and Lois Shepherd, MD, Hôpital général de Kingston/ Université Queen’s

 

Contexte
En 2015, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée (MSSLD) et le Comité consultatif sur l’immunoglobuline (CCIg) ont étudié différentes méthodes de tri des ordonnances ou demandes d’immunoglobuline (Ig) pour diverses raisons :

  1. augmentation incessante de l’emploi et des coûts de l’Ig
  2. préoccupations relatives à la capacité de maintien d’une telle croissance
  3. preuve faite lors d’un audit de conformité en 2015 de la nécessité d’améliorer l’utilisation pertinente d’Ig
  4. besoin de réévaluer les patients à qui un traitement à long terme est prescrit pour déterminer si le produit et la dose continuent de susciter la réponse clinique attendue
  5. absence d’experts dans chaque hôpital pour trier les demandes d’Ig dans toutes les spécialités
  6. constat fait dans un audit sur l’Ig mené en 2012 que 11,6 % des ordonnances d’Ig en Ontario étaient rédigées pour des pathologies non approuvées

Un projet pilote d’étude des demandes d’Ig et de tri par des médecins spécialistes a été proposé pour déterminer si cette approche pouvait améliorer l’utilisation pertinente d’Ig. Les demandes en neurologie ont été choisies pour le projet en raison de l’identification de cliniciens partisans à l’échelle de la province qui étaient prêts à soutenir le projet.

 

Le modèle du Programme d’accès exceptionnel (PAE), déjà utilisé pour évaluer certaines demandes de médicaments, a été retenu en raison de sa disponibilité dans tous les hôpitaux qui émettent de l’Ig et du fait que la plupart des médecins connaissent ce programme.

 

Objectifs
Les objectifs du projet pilote étaient les suivants :

  • diminuer l’emploi inapproprié et le gaspillage d’Ig
  • voir à ce que la dose minimale efficace soit administrée
  • améliorer le devenir des patients en assurant l’efficacité du traitement
  • mieux comprendre les raisons de la hausse d’utilisation de l’Ig
  • sensibiliser les intervenants à l’emploi et aux coûts de l’Ig
  • s’assurer de corriger la dose des patients obèses
  • élaborer un modèle de tri qui pourrait s’adapter aux demandes d’autres spécialités

Méthodologie
Comme la technologie de demande électronique du PAE n’était pas disponible dans le cadre de ce projet, un programme de télécopie papier a été mis au point. Le projet s’est déroulé du 30 mai 2016 au 31 janvier 2017.

 

Toutes les demandes d’Ig en neurologie ont d’abord été étudiées par un évaluateur du projet (pharmacien). La demande était approuvée en moins de 24 heures si elle respectait les lignes directrices établies. Toute demande qui ne satisfaisait pas aux exigences était envoyée à un neurologue réviseur anonyme pour approbation ou rejet. Une procédure d’urgence a été mise au point pour les patients dont l’état était critique, et une procédure d’appel était en place.

 

Tout renouvellement de demande d’Ig était accompagné d’un questionnaire sur les résultats à remplir et à transmettre avec le nouveau formulaire de demande pour vérifier que le traitement restait pertinent et que la dose minimale efficace était prescrite.

 

Résultats
Quatre-vingt-douze (92) hôpitaux ont présenté 1 478 demandes pour 1 167 patients. Onze (11) demandes ont été rejetées, 1 187 ont été approuvées et 187 ont été modifiées, quant à la dose, à la fréquence ou à la durée du traitement.

 

Une comparaison des données de base et des données obtenues après le projet n’a pas révélé de différence marquée dans la pratique d’ordonnance des médecins prescripteurs d’Ig.

 

Le projet a permis d’économiser 72 848 g d’Ig, soit 4,5 M $ (CAN). Une évaluation de conformité a déterminé que seulement 51 % des doses administrées par l’hôpital étaient celles approuvées dans le cadre du projet. Les économies réelles ont été de 2,2 M $ (CAN), une fois ce taux de conformité et les coûts du PAE pris en compte.

 

Résumé/conclusions

Le projet pilote a été une réussite partielle, puisqu’il a fourni :

  • une procédure de tri uniforme faite par des experts
  • un mécanisme de rejet des demandes inappropriées ou d’ajustement de la fréquence, de la durée ou de la dose d’Ig
  • une sensibilisation à l’ampleur du traitement par Ig et à son coût
  • une procédure de suivi du devenir des patients
  • des économies d’argent
  • un accès à une expertise en neurologie pour tous les services de médecine transfusionnelle

Le succès du projet a cependant été limité par le fait que la procédure devait se faire manuellement, ce qui prenait du temps aux médecins prescripteurs, aux évaluateurs et réviseurs du projet ainsi qu’aux hôpitaux et ne pourrait pas fonctionner à long terme. Un modèle de tri des demandes d’Ig pourrait réduire l’emploi inutile d’Ig et avoir des répercussions positives pour les patients, mais il faudrait que la technologie de soutien requise soit en place.

 

Le rapport sur le PPTOI

Le lecteur intéressé à obtenir un exemplaire (en anglais) du rapport sur le PPTOI en neurologie peut en faire la demande au Ministère. Veuillez cliquer sur le lien suivant ONBlood@ontario.ca pour le demander.