mai 2018

S’attaquer à la vérification des indices du plan d’amélioration de la qualité transfusionnelle de l’Ontario : plus facile qu’on pourrait le penser!

Auteures :
Danielle Watson, Charge Technologist, Grey Bruce Health Services
Lisa Ruston, Director, Quality, Risk and Medical Affairs, Peterborough Regional Health Centre
Yulia Lin MD, FRCPC, Transfusion Medicine Specialist, Sunnybrook Health Sciences Centre
Christine Cserti-Gazdewich MD, FRCPC, FASCP, Transfusion Medicine Specialist & Consultant Hematologist, University Health Network
Allison Collins MD FRCPC, ORBCoN Physician Clinical Coordinator

The plan d’amélioration de la qualité transfusionnelle de l’Ontario ou PAQTO (Ontario Transfusion Quality Improvement Plan ou OTQIP), lancé en 2015, visait à réduire les torts inutiles imposés aux patients en améliorant le recours approprié aux transfusions de globules rouges. Un élément important en était la collecte de données sur deux indices de qualité : le pourcentage de transfusions administrées lorsque l’hémoglobine (Hb) prétransfusionnelle était inférieure à 80 g/L, et le pourcentage de transfusions d’une seule unité (précédée et suivie d’une mesure de l’hémoglobine). Le point de référence pour chaque indice est de 80 %; il est fondé sur les résultats d’un audit d’utilisation des globules rouges en Ontario fait en 2013. Les données d’audit sur ces indices peuvent être entrées dans un outil en ligne qui permet à un établissement de suivre l’évolution de son rendement. À l’heure actuelle, douze hôpitaux ontariens entrent leurs données dans l’outil d’audit. Le présent article est conçu pour aider les autres hôpitaux à participer au Plan en faisant la collecte des données sur les indices de rendement et en les entrant dans l’outil d’audit.

 

Il semble y avoir une certaine confusion au sujet des données à saisir pour l’audit des indices. Il ne s’agit pas de vérifier la « pertinence » du traitement, donc de saisir les signes et symptômes du patient, les comorbidités, l’anamnèse, le nom du médecin prescripteur, etc. dans l’outil d’audit. Ces audits des indices sont plutôt destinés à fournir un tableau ponctuel d’une pratique transfusionnelle. Il importe davantage de suivre l’évolution du rendement que de procéder à de vastes audits compliqués. Donc, au lieu de faire un audit sur 50 transfusions par trimestre, on peut en faire sur 10 aux six mois, ou quelque chose d’intermédiaire. Un hôpital qui réussit à démontrer qu’il se conforme assez bien à l’un des indices, peut se contenter de faire l’audit de l’autre. L’audit peut porter sur les patients hospitalisés, les patients vus en externe ou l’ensemble des patients. N’essayez pas d’exclure les patients hémorragiques ou les patients qui se trouvent dans certaines unités de soins, à moins que vous ne le vouliez. L’idée est de faire de petits changements sans compliquer les choses, d’essayer de « manger un éléphant une petite bouchée à la fois » pour ne pas s’étouffer. Chaque modification positive à votre pratique, même si c’est à la lumière d’un petit audit, rend les soins plus sécuritaires pour les patients. Et c’est ça l’objectif!

 

Il y a plusieurs approches à l’exécution de ces audits. En voici certaines.

 

Méthode 1 – Collecte des données d’audit en temps réel au moment du traitement des demandes de globules rouges au laboratoire de médecine transfusionnelle (Services de santé Grey Bruce) :

 

Dans ces Services de santé, les technologues font le tri de toutes les demandes de transfusion pendant diverses périodes déterminés par endroit. Le technologue qui reçoit une demande documente deux identifiants du patient (no de dossier médical et initiales), son taux d’hémoglobine prétransfusionnelle (mesuré dans les 12 heures précédant la transfusion) et le nombre d’unités demandées. Le lendemain, un technologue du service de médecine transfusionnelle fait un suivi et note le taux d’hémoglobine post-transfusionnelle (Remarque : le taux d’hémoglobine post-transfusionnelle n’est pas une donnée d’audit requise dans le PAQTO, mais la donnée est colligée dans ce groupe). Les données sont notées dans une feuille de travail Excel ou à la main, selon l’endroit. À la fin de la période de collecte des données, chaque technologue a la responsabilité de saisir ses données dans la base de données du PAQ, de sorte que tous apprennent à se servir de cet outil en ligne.

 

Méthode 2 – Recours au système d’information du laboratoire (SIL) pour collecter des données d’audit (Réseau universitaire de santé et Centre des sciences de la santé Sunnybrook) :

 

Dans le RUS, le système d’information sur les banques et sang est en interface avec les dossiers électroniques des patients. Pour toute transfusion de globules rouges, le taux le plus récent d’hémoglobine prétransfusionnelle est saisi au moment de la mise en circulation des globules. L’endroit où se trouve le patient est aussi saisi. Il est donc possible de produire un rapport comprenant le taux d’hémoglobine le plus récent avant la transfusion de globules rouges et l’endroit précis où le produit a été mis en circulation. Ce rapport peut être téléchargé pour générer le pourcentage des taux d’HG prétransfusionnelle < 80 g/L et trié selon les endroits. Pour obtenir les transfusions d’unités simples à l’aide de ce même rapport, on définit une unité simple comme était une transfusion faite un jour.

 

À Sunnybrook, le rapport est produit à la main. Un rapport de transfusion est obtenu pour 5 jours de transfusion, ce qui représente entre 75 et 100 transfusions de globules rouges. À la première transfusion de chaque patient, le taux d’hémoglobine prétransfusionnelle est mesuré. Si un patient reçoit plus d’une transfusion dans la même journée, son taux d’hémoglobine post-transfusionnelle est aussi mesuré. Une transfusion d’une unité se définit comme étant une unité transfusée dans une journée au calendrier. Si plus d’une unité est administrée en une journée, la transfusion de chaque unité doit être précédée d’une mesure du taux d’hémoglobine. Le rapport peut ensuite être divisé entre les patients hospitalisés et les patients externes en fonction de l’endroit.

 

Méthode 3 – Analyse rétrospective des données sur les transfusions de globules rouges (Hôpital Northumberland Hills) :

 

Cette méthode est décrite pour les utilisateurs de Meditech. À intervalles réguliers, imprimer un rapport de toutes les mises en circulation de globules rouges pendant un mois, un trimestre ou une période quelconque qui permettra d’obtenir entre 10 et 50 transfusions, en ne comptant que la première transfusion de chaque patient. Par exemple, le rapport sur l’état final des unités BBK ferait l’affaire. Créer une feuille de travail à 5 colonnes, étiquetées : Nom, Date, Heure, Hb et Nbre d’unités. Chercher le nom d’un patient dans le module PCI, aller aux entrées dans « Blood Bank Products », choisir le premier culot globulaire émis pendant la période de l’audit, et noter la date et l’heure de la mise en circulation. Cet écran donne aussi de l’information sur l’endroit où se trouve le patient, donnée qu’on peut décider d’inclure ou non dans la vérification si le patient se trouve, par exemple, à la clinique d’oncologie. Aller ensuite à la liste d’hématologie et noter la valeur de l’hémoglobine prétransfusionnelle. Si plusieurs unités sont transfusées, retenir la première transfusion seulement et déterminer s’il y a eu des mesures de l’Hb après la première transfusion et avant la transfusion de la ou des unités subséquentes. Noter le nombre d’unités transfusées (soit 1 ou plus de 1; le nombre réel après 1 n’a pas d’importance), puis passer au patient suivant. Le numéro d’identité du patient peut servir au lieu de son nom, bien sûr, mais il peut être utile de garder une liste des patients qui reçoivent régulièrement des transfusions pour exclure leur nom quand il apparaît dans le rapport d’état final des unités. Cet exercice peut prendre entre 1 et 3 heures par audit, en fonction du nombre de transfusions vérifiées. Les données sont faciles à résumer, à la main ou dans une feuille de calcul, puis à entrer dans l’outil d’audit du PAQTO.

 

Vous pouvez choisir une de ces méthodes d’audit ou en élaborer une autre à votre guise en vous rappelant que la meilleure façon d’accomplir quelque chose, c’est de commencer! Le plan et les outils sont à votre disposition à www.transfusionontario.org. Si votre hôpital collecte déjà des données sur les indicateurs de rendement, pourquoi ne pas les saisir en ligne dans l’outil d’audit du PAQTO?

 

 

 

Le Plan d’amélioration de la qualité transfusionnelle de l’Ontario et Choisir avec soin Canada :
C’est l’heure des recommandations en technologie de laboratoire médical

par : Denise Evanovitch, gestionnaire régionale, RRoCS Sud-Ouest

Le mouvement Choosing Wisely a pris naissance aux États-Unis en 2012 sous l’impulsion de médecins. Choisir avec soin est la version canadienne en français du mouvement lancé au départ en 2014 par une petite équipe de l’Université de Toronto, de l’Association médicale canadienne et de l’Hôpital St. Michael’s. Le programme existe maintenant dans 20 pays et 5 continents.

 

Le programme vise à inspirer les professionnels de la santé à réduire les examens, traitements et interventions inutiles qui peuvent même causer du tort à certains patients.

 

Si ces procédures sont inutiles, pourquoi donc ont-elles lieu? Pour bien des raisons, entre autres les suivantes :

  1. Habitudes de pratiques difficiles à changer, même à la lumière de nouvelles preuves
  2. Familles et patients mal informés qui peuvent exiger des examens supplémentaires
  3. Manque de temps pour partager le processus décisionnel entre les professionnels de la santé et les patients ou leur famille
  4. Système informatique périmé et système de soutien décisionnel qui favorise l’ordonnance de trop d’examens
  5. Peur des fautes professionnelles
  6. Système de rémunération qui incite les médecins à poser un geste plutôt que de s’abstenir

Le Comité du Plan d’amélioration de la qualité transfusionnelle de l’Ontario (PAQTO), le RRoCS et ses groupes de travail ont travaillé à l’élaboration d’une trousse d’accompagnement du Plan appelée Why Give Two When One will Do qui peut être téléchargée en cliquant sur : http://transfusionontario.org/fr/documents/?cat=plan-damelioration-de-la-qualite

 

Les médecins et leurs associations professionnelles ont mis au point tout un éventail de recommandations Choisir avec soin. Des recommandations relatives aux transfusions ont été rédigées par l’AABB https://www.aabb.org/pbm/Documents/Choosing-Wisely-Five-Things-Physicians-and-Patients-Should-Question.PDF et la par Société canadienne de médecine transfusionnelle : http://www.transfusion.ca/Education/Choisir-avec-soin-Canada-fr

 

Voici certaines recommandations de Choisir avec soin Canada relatives aux transfusions :

  1. Éviter de transfuser plus d’un culot globulaire à la fois lorsqu’il faut recourir à une transfusion chez un patient stable ne saignant pas
  2. Éviter de demander des tests prétransfusionnels inutiles pour tous les patients en chirurgie
  3. Éviter le recours systématiques aux dons de sang autologues ou dirigés peropératoire

Les infirmières et infirmiers du Canada ont aussi rédigé des recommandations Choisir avec soin relatives à leur profession : https://choisiravecsoin.org/soins-infirmiers/

 

Au congrès LABCON (le congrès annuel de la Société canadienne de science de laboratoire médical ou SCSLM) cette année, j’animerai une séance qui mettra en branle la rédaction de recommandations Choisir avec soin du point de vue des technologues de laboratoire médical. Certains énoncés porteront sur les transfusions, mais nous allons aussi sonder des spécialistes de divers domaines qui seront présents afin d’aborder tous les aspects du travail de laboratoire. Chaque recommandation doit se fonder sur des données probantes issues de la littérature actuelle. Les idées générées pendant la séance seront colligées et présentées pour publication, afin de les partager avec la plus vaste communauté de laboratoires médicaux et susciter davantage d’intérêt parmi les technologues du Canada tout entier.

 

Vous avez des idées de recommandations à l’intention des technologues et autres professionnels de laboratoire? N’hésitez pas à me faire parvenir vos idées et vos références à evanovd@mcmaster.ca

 

Lorsque les professionnels de la santé travaillent ensemble à améliorer la qualité, nos patients bénéficient de meilleurs soins. N’est-ce pas la raison pour laquelle nous avons au départ choisi ce métier?